Question d'habileté : pourquoi le Canada vous fait calculer
Vous avez gagné quelque chose. Une station de radio, une chaîne de cafés, un concours auquel vous aviez participé il y a des mois et que vous aviez oublié. Puis, avant de vous remettre le prix, il y a un problème de mathématiques et un chronomètre. Multipliez, additionnez, divisez, soustrayez, sans calculatrice.
Gagnez un concours au Canada et il y a de bonnes chances qu’une question d’habileté mathématique soit la dernière chose entre vous et le prix. Presque personne ne s’est fait expliquer pourquoi elle est là. C’est un contournement du Code criminel, qui fait une infraction du fait de donner un bien par pur hasard. Ce n’est pas, malgré ce que raconte la moitié d’Internet, une exigence du Bureau de la concurrence. Et aucune loi ne précise quatre opérations arithmétiques. Ce format remonte à une seule salle d’audience albertaine, dans les années 1980.
Pourquoi les concours canadiens posent-ils une question d’habileté?
Parce qu’un tirage purement aléatoire organisé par une entreprise privée constitue, à la lecture stricte, une infraction criminelle au Canada. L’article 206 du Code criminel (s'ouvre dans un nouvel onglet) punit d’un emprisonnement maximal de deux ans le fait d’aliéner un bien « au moyen de lots, cartes ou billets ou par tout mode de tirage ». Un véritable test d’adresse fait sortir le concours de la catégorie du pur hasard.
Lisez bien la formulation, parce que c’est elle qui fait tout le travail. Les alinéas 206(1)a) à d) ne parlent jamais de quelqu’un qui paie pour participer. Annoncer un plan, organiser un tirage, même expédier le matériel qui sert à en tenir un, sont énumérés séparément, et le hasard seul suffit à les déclencher. Un concours gratuit décidé par tirage au sort se trouve donc très près de cette ligne.
Un autre alinéa, 206(1)f), vise « quelque jeu de hasard, ou jeu combinant le hasard et l’adresse, dans lequel le concurrent ou compétiteur paye de l’argent ou verse une autre contrepartie valable ». Celui-là a un prix intégré, alors la solution consiste à s’assurer que personne n’a besoin de payer. C’est pourquoi les règlements de concours canadiens portent presque toujours deux mentions plutôt qu’une : aucun achat requis, et question d’habileté obligatoire. Elles visent des alinéas différents.
Les avocats qui rédigent ces promotions décrivent une loterie illégale comme trois ingrédients empilés. Retirez-en assez et il vous reste un concours légal.
| Ingrédient | Ce que ça veut dire | Comment les concours canadiens le règlent |
|---|---|---|
| Le prix | Un bien qui a une vraie valeur va au gagnant | Rien à retirer. Le prix est la raison d’être de la promotion |
| Le hasard | Un tirage au sort décide qui gagne | La question d’habileté ajoute un vrai élément d’adresse |
| La contrepartie | Vous deviez acheter ou payer pour participer | « Aucun achat requis », plus un mode de participation gratuit |
Les commanditaires prudents en retirent deux sur trois. C’est cette habitude de ceinture et bretelles qui fait que vous pouvez gagner un tirage gratuit et devoir quand même calculer pour encaisser.
La loi exige-t-elle vraiment une question d’habileté?
Non, et c’est la partie que presque tout le monde répète de travers, y compris des ouvrages de référence qui devraient le savoir. On lit partout que la question d’habileté serait « une exigence légale appliquée par le Bureau de la concurrence ». Les documents publiés par le Bureau ne disent pas ça.
L’article 74.06 de la Loi sur la concurrence (s'ouvre dans un nouvel onglet), la disposition qui encadre les concours publicitaires, pose trois exigences : divulguer convenablement et loyalement le nombre et la valeur approximative des prix, ne pas retarder indûment leur remise, et faire le choix des participants ou la distribution des prix « en fonction de l’adresse des participants ou au hasard ». Le hasard est explicitement permis. Si la Loi imposait un test d’adresse, cette formulation ne pourrait pas exister.
Allez un cran plus loin et la page du Bureau destinée aux consommateurs sur les concours publicitaires (s'ouvre dans un nouvel onglet) ne mentionne aucune question d’habileté. Ses lignes directrices (s'ouvre dans un nouvel onglet) détaillées en parlent une seule fois, dans une courte liste de renseignements à imprimer sur l’emballage d’un produit portant une mention spéciale, à côté de la date de clôture. C’est une règle sur ce qu’il faut dire aux participants, pas une règle sur ce que le concours doit contenir.
La description exacte est donc plus étroite et plus intéressante que le mythe. La question d’habileté est de la gestion de risque. Les avocats des commanditaires l’ajoutent pour garder la promotion loin du Code criminel, et la pratique est devenue si universelle qu’elle se lit aujourd’hui comme un texte de loi. Personne n’a bien envie d’être l’entreprise qui ira tester la limite devant les tribunaux.
Pourquoi toujours quatre opérations arithmétiques?
Parce qu’un juge de la Cour provinciale de l’Alberta, dans une affaire des années 1980 impliquant Canada Trust (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet), a examiné une question précise et a jugé qu’elle suffisait. La question : multipliez 228 par 21, additionnez 10 824, divisez par 12, soustrayez 1 121. La réponse est 180.
Voilà toute l’origine du format. Un feu vert judiciaire sur un problème en quatre temps, et les services marketing du pays ont copié la forme plutôt que de risquer d’inventer la leur. L’adresse exigée doit être réelle et non un simulacre, alors une question symbolique à laquelle n’importe qui répondrait sans réfléchir raterait la cible. Quatre opérations sous pression du temps, sans calculatrice, c’est la lecture que l’industrie fait du seuil du « réel ».
L’expression elle-même est plus vieille que l’affaire. Le Dictionary of Canadianisms (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) de l’Université de la Colombie-Britannique retrouve « skill-testing question » à l’écrit dès 1962, soit vingt-deux ans avant le jugement, et note que l’expression est employée presque exclusivement au Canada. Cette même fiche reprend d’ailleurs la ligne sur le Bureau de la concurrence citée plus haut, ce qui donne une bonne mesure du chemin parcouru par le mythe.
Pourquoi les concours américains ne font-ils pas calculer?
Parce que le droit américain définit une loterie illégale comme exigeant les trois ingrédients à la fois : le prix, le hasard et la contrepartie. Éliminez-en un seul et la promotion est légale. Les commanditaires américains éliminent la contrepartie avec un mode de participation gratuit, et c’est terminé. Aucune raison de toucher au hasard.
Le Code criminel canadien ne fonctionne pas comme ça. Les alinéas 206(1)a) à d) ne parlent jamais de paiement, alors retirer l’obligation d’achat ne referme pas complètement la question. Le hasard lui-même est le point d’exposition, et la seule façon pratique de le diluer, c’est d’ajouter de l’adresse.
| Canada | États-Unis | |
|---|---|---|
| Règle de base | Le Code criminel interdit d’aliéner un bien « par tout mode de tirage », qu’il y ait paiement ou non | Une loterie illégale exige le prix, le hasard et la contrepartie ensemble |
| « Aucun achat requis » suffit-il à lui seul? | Pas pour un commanditaire prudent | Oui |
| Question d’habileté | Standard sur presque tous les concours | Pratiquement inconnue |
| Format habituel | Quatre opérations, à faire sans aide | Sans objet |
Cette seule différence de rédaction, il y a des décennies, explique pourquoi un Canadien qui gagne une carte-cadeau fait du calcul mental au chronomètre pendant qu’un Américain qui gagne la même carte donne simplement son adresse.
Que se passe-t-il si vous vous trompez?
En général, vous perdez le prix, et il passe à un gagnant de remplacement. La marge de manoeuvre varie d’un commanditaire à l’autre. Certains accordent un deuxième essai, d’autres un seul; certains mettent un chronomètre sur la question, d’autres veulent simplement la réponse écrite sur un formulaire que vous renvoyez par la poste. Tout est écrit dans le règlement du concours, publié bien avant que vous y participiez.
Le piège est rarement l’arithmétique elle-même. C’est la priorité des opérations : la multiplication et la division passent avant l’addition et la soustraction, peu importe où elles se trouvent dans la ligne. Prenons l’exemple tiré de notre propre règlement de concours, où la multiplication vient de toute façon en premier :
| Étape | Calcul | Total courant |
|---|---|---|
| 1. Multiplier d’abord | 10 x 6 | 60 |
| 2. Puis additionner | 60 + 1 | 61 |
| 3. Puis soustraire | 61 - 9 | 52 |
Déplacez la multiplication d’un cran, par contre, et les deux lectures se séparent. Un calcul comme 2 + 8 x 5 - 9 donne 33 si vous multipliez d’abord, et 41 si vous filez simplement de gauche à droite. C’est toute la différence entre encaisser et perdre le prix.
Notre règlement du concours précise tout ça d’avance. Nous avisons le gagnant dans les deux jours ouvrables, par message dans l’appli, par courriel ou par notification, et vous avez ensuite 72 heures pour vous asseoir et répondre. La question applique la priorité des opérations à quatre nombres, aucun plus grand que 10. Une fois qu’elle apparaît, vous avez cinq minutes et un seul essai, et dans l’appli un compte à rebours défile à l’écran pour que l’horloge ne soit jamais une surprise.
Ce que Lodavo vient faire là-dedans
Lodavo tient un tirage en argent chaque semaine, alors tout ce qui précède s’applique aussi à nous. Nos gagnants répondent à une question d’habileté, notre règlement indique qu’aucun achat n’est requis, et le tirage est ouvert aux résidents de toutes les provinces et de tous les territoires, Québec inclus.
Ce qui change, c’est la façon d’entrer dans le tirage. Vous n’achetez pas de billet. Vous reliez votre propre compte bancaire canadien, et chaque tranche de 25 $ de votre solde vous donne un billet gratuit pour le tirage de la semaine, calculé à partir d’un instantané pris chaque dimanche. L’argent que vous avez déjà mis de côté continue donc de vous donner des billets semaine après semaine, et plus vous épargnez, plus vous obtenez de billets. Si la mécanique vous intrigue, on la détaille dans comment fonctionne le tirage hebdomadaire de Lodavo, et on répond à la question qui suit toujours dans l’épargne liée à des prix est-elle du jeu?
À retenir
La question d’habileté est un petit numéro juridique avec une vraie raison d’être derrière. Elle existe parce que le droit criminel canadien a été plus sévère envers le hasard que le droit américain, et parce qu’une décision albertaine a donné au pays un gabarit que personne n’a eu envie d’améliorer depuis. La prochaine fois que vous devrez diviser par 12 avant qu’on vous remette un prix, vous saurez que c’est le Code criminel qui parle.
Envie d’un tirage où l’on entre en épargnant plutôt qu’en dépensant? Téléchargez Lodavo gratuitement sur l’App Store d’Apple (s'ouvre dans un nouvel onglet) ou le Google Play Store (s'ouvre dans un nouvel onglet), reliez votre banque en quelques minutes et commencez à accumuler des billets pour le tirage hebdomadaire.
Des conditions s’appliquent. Aucun achat requis (un mode de participation alternatif est offert). Question d’habileté mathématique obligatoire. Ouvert aux résidents légaux du Canada ayant atteint l’âge de la majorité. Les chances de gagner dépendent du nombre de participations admissibles reçues. Règlement complet et chances de gagner dans nos règles du concours.