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Victime d'une arnaque au Canada : récupérer son argent

Par Benjamin ThomasPublié le 10 min de lecture
Un homme debout au comptoir de cuisine d'un appartement, téléphone à l'oreille, le regard sur son ordinateur portable.

Quelqu’un a votre argent et vous voulez le récupérer. Au Canada, la réponse tient à une seule question, et ce n’est ni le montant perdu ni la qualité de l’arnaque. C’est de savoir si l’argent vous a été pris ou si vous l’avez envoyé. Si un inconnu a utilisé votre carte ou est entré dans votre compte, la loi vous protège largement. Si un fraudeur vous a convaincu d’appuyer sur envoyer vous-même, aucune règle canadienne n’oblige votre banque à vous rembourser. Les deux cas ont une marche à suivre, et dans les deux, c’est la première heure qui compte le plus.

Peut-on récupérer son argent après une arnaque au Canada?

Parfois, et cela dépend du type d’arnaque. Les transactions non autorisées, où quelqu’un a utilisé votre carte ou votre compte sans permission, sont vraiment protégées par la loi : un maximum de 50 $ sur une carte de crédit, sauf négligence grave, et sur une carte de débit vous devriez récupérer l’argent tant que vous avez protégé votre NIP. Les paiements que vous avez été amené à faire vous-même n’ont aucune de ces protections. Votre banque peut quand même vous rembourser, mais elle n’y est pas obligée.

Le raisonnement derrière cette ligne est simple, même quand le résultat semble injuste. Quand un criminel prend l’argent, c’est la sécurité de la banque qui a failli. Quand vous avez été amené à payer, le paiement porte votre propre approbation. Toutes les règles ci-dessous découlent de cette seule distinction.

On vous l’a prisOn vous a convaincu de l’envoyer
ExemplesCarte utilisée après une fuite de données, compte piraté, virement interceptéFaux emploi, arnaque sentimentale, faux conseiller en placement, faux appel de l’ARC, dépôt sur un site de petites annonces
Où vous vous situezCarte de crédit plafonnée à 50 $ par la loi, sauf négligence grave; débit remboursé si vous avez protégé votre NIPAucun plafond, aucune protection légale
Qui décideVotre banque doit enquêter et ne peut pas vous déclarer en faute sans peser tous les facteursVotre banque, à sa discrétion
Chances réalistesBonnes, surtout sur une carte de créditFaibles, mais pas nulles
Délai pour signalerVérifiez votre convention de compte. Sur un compte chèques ou d’épargne, c’est habituellement 30 jours après la date du relevéLe plus vite possible, avant que l’argent circule

Ce n’est pas une situation rare. Le Centre antifraude du Canada a recensé plus de 112 000 signalements et plus de 704 millions de dollars de pertes déclarées en 2025 (s'ouvre dans un nouvel onglet), dont 351 millions pour les seules fraudes en placements, soit environ la moitié du total. Un document réglementaire fédéral situe ce total à près de 300 % de plus qu’en 2020 (s'ouvre dans un nouvel onglet), et reprend l’estimation du Centre voulant que de 5 à 10 % seulement des fraudes soient signalées. La plupart des gens n’en parlent à personne.

Quoi faire dans la première heure

La rapidité est la seule partie que vous contrôlez. L’argent encore immobile dans le compte du destinataire peut parfois être gelé. L’argent qui a déjà circulé est habituellement perdu.

Appelez la ligne antifraude de votre banque, pas la succursale

Utilisez le numéro imprimé au dos de votre carte ou affiché sur le site de la banque, jamais un numéro que quelqu’un vous a envoyé. Si vous doutez que l’application ou l’entreprise que vous avez payée était réelle, notre guide sur comment savoir si une appli financière est fiable explique quoi vérifier. Dites si la transaction vient de vous ou non, parce que cette seule phrase oriente votre dossier. Demandez une tentative de rappel du virement, le gel du compte touché et le blocage ou le remplacement de la carte.

Notez tout avant de l’effacer

Captures d’écran des messages, numéro de téléphone, adresse courriel, site web, montants, heures exactes et tous les numéros de référence que la banque vous donne. Notez à qui vous avez parlé et quand. Les plaintes qui aboutissent sont celles qui ont une trace écrite dès le premier jour.

Signalez au Centre antifraude du Canada et à la police locale

Le Centre antifraude du Canada (s'ouvre dans un nouvel onglet) reçoit les signalements en ligne ou au 1-888-495-8501. Il ne vous remboursera pas et n’enquête pas sur votre dossier personnel, mais c’est ainsi que la police repère les tendances et que les chiffres nationaux existent. Faites aussi le rapport de police. Certaines banques exigent un numéro de dossier avant d’ouvrir une enquête.

Placez une alerte à la fraude à votre dossier de crédit

Appelez Equifax Canada et TransUnion Canada et demandez une alerte à la fraude. C’est gratuit, sans effet sur votre cote, et cela demande aux prêteurs de vérifier votre identité avant d’ouvrir quoi que ce soit. Si le fraudeur a obtenu votre NAS, votre date de naissance ou une photo de vos pièces d’identité, faites-le le jour même.

Un virement Interac peut-il être annulé?

Pas une fois déposé. Selon la FAQ d’Interac (s'ouvre dans un nouvel onglet), une fois le dépôt effectué, il n’y a aucun moyen d’annuler la transaction, et il faut s’entendre directement avec le destinataire. Si le virement est encore en attente, vous pouvez l’annuler vous-même depuis vos services bancaires en ligne. Cette fenêtre se compte souvent en minutes.

La fraude par interception, c’est quand vous avez envoyé un virement légitime à une vraie personne et qu’un criminel entré dans une boîte courriel a deviné la question de sécurité et pris l’argent avant elle. Vous n’avez jamais choisi de payer un fraudeur, alors cela ressemble à un simple vol.

Les banques ne le voient pas toujours ainsi, et c’est là que les gens se font prendre. Les garanties bancaires sont rédigées autour des transactions que vous n’avez pas autorisées, et celle-là, vous l’avez autorisée. L’approche publiée de l’ombudsman en matière de fraude (s'ouvre dans un nouvel onglet) indique qu’il ne peut généralement pas recommander d’indemnisation lorsque le consommateur a donné accès à son compte, ou lorsqu’il a autorisé la transaction, parce que l’institution n’avait aucune véritable occasion de l’arrêter. Certaines banques aident quand même. La CIBC indique que si vous avez respecté vos responsabilités pour protéger votre compte, elle vous aidera à récupérer votre argent (s'ouvre dans un nouvel onglet), ce qui est un engagement à aider et non une promesse de rembourser. Signalez vite, prononcez le mot « interception » dès l’appel, et en cas de refus, c’est exactement le genre de dossier pour la procédure de plainte ci-dessous.

Si vous avez payé par carte de crédit un bien qui n’est jamais arrivé, vous avez un autre recours, sans lien avec les règles de fraude : la rétrofacturation. Votre émetteur annule le paiement parce que le commerçant n’a pas livré. Il y a un délai, alors demandez la date limite exacte pendant le même appel. Les cartes de débit et les virements Interac n’ont pas d’équivalent, ce qui est la raison pratique de payer par carte de crédit tout ce dont vous n’êtes pas certain.

Et si la banque refuse?

Vous montez d’un cran. Il existe un recours formel, et presque personne ne sait qu’il existe.

Commencez par déposer une plainte formelle auprès de la banque plutôt que d’argumenter avec la ligne antifraude. Demandez qu’elle soit enregistrée comme plainte et obtenez un numéro de référence. Selon les règles fédérales de traitement des plaintes (s'ouvre dans un nouvel onglet), votre banque dispose de 56 jours pour la traiter. Si rien n’est réglé après ce délai, ou si la réponse ne vous convient pas, vous pouvez porter le dossier devant l’Ombudsman des services bancaires et d’investissement. Depuis le 1er novembre 2024, l’OSBI est l’organisme externe unique de traitement des plaintes pour toutes les banques sous réglementation fédérale (s'ouvre dans un nouvel onglet), alors la question de savoir à quel bureau s’adresser ne se pose plus. C’est gratuit, et l’organisme peut recommander une indemnisation allant jusqu’à 350 000 $. Surveillez aussi l’autre délai : une fois la réponse finale de la banque reçue, vous avez 180 jours pour porter le dossier à l’OSBI (s'ouvre dans un nouvel onglet). Ces délais visent les banques et les coopératives de crédit fédérales. Une caisse ou une coopérative provinciale dispose plutôt de 90 jours pour vous aider, ou de 60 si vous habitez au Québec.

L’OSBI est aussi très occupé, et ses propres constats méritent d’être lus avant de décider. Dans son rapport annuel 2025 (s'ouvre dans un nouvel onglet), l’OSBI indique que la fraude a été le principal enjeu des plaintes bancaires des consommateurs, soit le tiers des dossiers bancaires, les enquêtes sur la fraude ayant presque doublé pour atteindre 1 815 cas contre 966 l’année précédente, même si l’essentiel de cette hausse vient du fait que l’OSBI a pris en charge six banques de plus à la fin de 2024. Il a aussi relevé ce que les banques faisaient mal. Certains clients étaient tenus responsables de transactions survenues pendant qu’ils tentaient de signaler la fraude à la banque, ce que la loi fédérale, la loi provinciale, le droit des contrats ou un code volontaire excluent, selon l’OSBI. Et certaines banques ont retiré des offres de règlement ou de bonne volonté aux clients qui portaient leur dossier plus loin, ou les ont prévenus que l’offre tomberait s’ils le faisaient.

Ce dernier point change ce que vous ferez ensuite. Si votre banque vous a offert une partie de votre argent et que vous hésitez à pousser plus loin, demandez-lui par écrit si l’offre tient advenant un recours à l’OSBI, et gardez la réponse.

La page de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada sur la façon de régler une transaction non autorisée (s'ouvre dans un nouvel onglet) est le résumé le plus clair de vos droits du côté du vol, y compris la règle voulant qu’une banque doive prendre en compte tous les éléments pertinents de l’incident avant de vous tenir responsable, quelle que soit la technologie utilisée pour la transaction.

Méfiez-vous de la deuxième arnaque

C’est la partie qui attrape ceux qui ont déjà été prudents une fois. Les fraudeurs s’échangent des listes de personnes qui ont perdu de l’argent, puis reviennent en se faisant passer pour des enquêteurs, des avocats ou des agents de récupération capables de tout ramener contre des frais. La Commission des valeurs mobilières de l’Ontario dit que les arnaques de récupération touchent environ une victime de fraude sur trois (s'ouvre dans un nouvel onglet).

C’est maintenant assez organisé pour que les criminels usurpent l’identité du Centre antifraude du Canada lui-même, papier à en-tête falsifié compris. Les Canadiens ont perdu plus de 28 millions de dollars en 2025 à cause de faux enquêteurs (s'ouvre dans un nouvel onglet), en plus de 25,9 millions liés aux offres de récupération. La règle est courte : si on vous demande de payer pour récupérer de l’argent, c’est une arnaque. Le même signe revient dans les arnaques de concours et de prix, où les frais sont présentés comme une taxe ou des frais de traitement. Aucun corps policier, aucun organisme gouvernemental et aucun ombudsman ne vous facture des frais, ne demande l’accès à distance à votre ordinateur ni ne vous demande d’envoyer des fonds dans le cadre d’une opération.

Est-ce que quelque chose change?

Lentement. Le Royaume-Uni oblige les banques à rembourser la plupart des victimes d’arnaque par virement autorisé depuis octobre 2024, jusqu’à 85 000 £, normalement en cinq jours ouvrables (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet). Le Canada n’a pas d’équivalent et n’en propose pas.

Ce qu’Ottawa a proposé, en juin 2026, c’est une série de modifications antifraude aux règles bancaires. Les banques devraient réviser chaque année leurs politiques et procédures antifraude, vous laisser désactiver vous-même les télévirements, les transferts internationaux et les virements Interac sur votre compte, et déclarer à l’ACFC les sommes qu’elles remboursent réellement aux victimes. C’est cette obligation de déclaration qui est intéressante, parce que, pour la première fois, quelqu’un à Ottawa saurait combien chaque banque rembourse réellement. Il n’y a toujours aucune norme de remboursement obligatoire, et rien n’est final : la période de commentaires s’est terminée en juillet 2026, et si les règles sont adoptées, elles n’entreraient pas en vigueur avant le 1er juillet 2027 (s'ouvre dans un nouvel onglet). D’ici là, la distinction du haut de cette page est le droit avec lequel vous composez.

Reconstruire le coussin par la suite

Perdre de l’argent à cause d’une fraude ne veut pas dire que vous avez été imprudent. Les scénarios sont écrits par des professionnels, ils arrivent le pire jour de votre semaine, et à elle seule, la fraude en placements représente environ la moitié de tout ce que les Canadiens ont déclaré avoir perdu. Une fois les appels faits et les signalements déposés, la seule question utile qui reste, c’est comment reconstituer un coussin.

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Foire aux questions

La police peut-elle récupérer mon argent?

Presque jamais directement. La police et le Centre antifraude du Canada montent des dossiers et retracent les réseaux, et les deux veulent votre signalement, mais ni l'un ni l'autre ne vous rembourse. L'argent revient par votre banque, votre émetteur de carte ou une plainte à l'OSBI. Faites quand même le rapport de police, car certaines banques demandent le numéro de dossier.

Combien de temps dure une enquête bancaire pour fraude?

L'enquête elle-même n'a pas de délai fixe et un dossier complexe peut prendre des semaines. Le délai de plainte, lui, est fixe : une fois la plainte formelle déposée, votre banque a 56 jours pour la traiter, et vous pouvez ensuite porter le dossier à l'OSBI, que la banque ait terminé ou non. Obtenez un numéro de référence dès le premier jour.

Et si j'ai envoyé de la cryptomonnaie à un fraudeur?

C'est le cas le plus difficile. Une transaction confirmée sur une chaîne de blocs ne peut être annulée par personne, et la plateforme où vous avez acheté ne détient pas les fonds. Signalez le tout au Centre antifraude du Canada avec les adresses de portefeuille et les identifiants (hachages) de transaction, puis considérez l'argent comme perdu pendant que le dossier avance.

Signaler une fraude nuit-il à ma cote de crédit?

Non. Une alerte à la fraude à votre dossier Equifax ou TransUnion demande simplement aux prêteurs de vérifier votre identité avant d'ouvrir un compte. Elle ne fait pas baisser votre cote. Quelqu'un qui ouvre des comptes à votre nom, lui, peut vraiment y nuire, d'où l'intérêt de placer l'alerte le jour même.

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