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Comment les applis financières gratuites gagnent de l'argent

Par Benjamin Thomas Publié le 9 min de lecture
Trois cartes de verre translucide disposées en éventail sur un dégradé bleu profond, la lumière les traversant jusqu'à la surface.

Intuit a annoncé la fermeture de Mint en novembre 2023 et a éteint l’appli en mars 2024. Elle était gratuite, elle comptait environ 3,6 millions d’utilisateurs actifs par mois en 2021 (le dernier chiffre divulgué par Intuit), et les Canadiens y tenaient leur budget depuis l’ajout des institutions d’ici en 2010 (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet). Être gratuite et populaire l’a gardée en vie exactement aussi longtemps que quelqu’un payait pour elle.

Les applis financières gratuites au Canada sont payées de cinq façons. Aucune n’est malhonnête en soi. Elles ne vous touchent pas toutes de la même manière, par contre : l’une change ce que l’appli vous montre, et une autre explique pourquoi une appli que vous aimez peut fermer avec quelques mois de préavis.

Comment les applis financières gratuites gagnent-elles de l’argent?

Cinq modèles d’affaires financent une appli financière gratuite au Canada : l’interchange, soit une petite part de ce qu’un commerçant paie pour accepter votre carte; les frais de recommandation versés par les prêteurs, les banques et les assureurs; les forfaits par abonnement; l’écart sur les dépôts détenus par l’entreprise; et le capital de risque qui comble le manque en attendant que l’un des quatre premiers fonctionne. La plupart des applis en font rouler deux ou trois à la fois.

ModèleQui paie réellementCe que ça vous coûteExemples canadiens
InterchangeLe commerçant, à chaque achatRien directement, mais l’entreprise croît quand vous dépensezKOHO, Neo Financial
Frais de recommandationLe prêteur, la banque ou l’assureur vers qui on vous dirigeDes suggestions choisies en partie selon ce qui rapporteBorrowell, Lodavo, sites comparateurs
Forfaits payantsVous, si vous passez à un niveau supérieurUne version gratuite avec une limite ou une conditionKOHO, YNAB, Monarch Money
Écart sur les dépôtsVous, en rendement non verséUn taux inférieur à ce que l’entreprise tire de l’argentEQ Bank, Wealthsimple
Financement des investisseursLes investisseurs en capital de risqueRien pour l’instant, et la facture arrive plus tardLa plupart des jeunes applis

C’est le mélange qui compte, plus que n’importe quelle ligne prise seule. Une appli qui vous facture un abonnement et touche des frais de recommandation est payée par deux camps à la fois. Une appli qui vit d’argent d’investisseurs n’a encore aucun client qui la paie, ce qui comporte son propre risque.

Pourquoi la gratuité fonctionne autrement au Canada qu’aux États-Unis

Les applis américaines comme Chime vivent surtout de l’interchange sur les cartes de débit, parce qu’une règle américaine permet à leurs petites banques partenaires de facturer environ le double du taux réglementé. Le Canada n’a pas d’équivalent, et les chiffres ne sont même pas comparables. Une appli canadienne qui vit de l’interchange doit donc vous mettre une carte Visa ou Mastercard entre les mains plutôt qu’une carte Interac.

Interac ne rapporte presque rien à qui a émis votre carte

Chaque fois que vous payez sans contact, le commerçant verse de petits frais pour accepter la carte, et une partie va à l’institution qui l’a émise. Cette part s’appelle l’interchange, et quand la carte vient d’une appli financière, c’est ainsi que l’appli est payée. Vous ne la voyez jamais, parce que le commerçant l’absorbe au lieu de l’ajouter à votre facture. Les taux d’Interac pour un paiement sans contact sont des montants fixes plutôt que des pourcentages : de 2 à 3,5 cents (s'ouvre dans un nouvel onglet) sous les 100 $, selon le commerçant, et 5,5 cents entre 100 $ et 250 $. Sur un paiement sans contact de 60 $ chez un commerçant indépendant, ça fait trois cents et demi.

Les cartes de crédit jouent dans une autre ligue. En vertu des ententes fédérales pour les petites entreprises, Visa et Mastercard ont ramené leur taux en magasin à un taux annuel moyen pondéré de 0,95 % (s'ouvre dans un nouvel onglet) le 19 octobre 2024. Sur le même achat de 60 $, environ 57 cents.

Pourquoi la carte de votre appli est une Mastercard prépayée

C’est tout l’écart qui explique pourquoi la carte d’une appli financière canadienne n’est presque jamais une carte de débit Interac. KOHO et Neo Financial émettent tous deux une Mastercard prépayée rechargeable, qui leur rapporte un pourcentage de tout ce que vous dépensez. Une carte Interac leur rapporterait trois ou quatre cents par paiement. Rien de tout ça n’est caché, et c’est un échange honnête pour un compte sans frais mensuels. Ça veut quand même dire que l’entreprise s’en tire mieux dans un mois où vous dépensez beaucoup que dans un mois où vous épargnez beaucoup.

La baisse de 2024 a réduit la même source

La réduction d’octobre 2024 a été une bonne nouvelle pour les petits commerçants : jusqu’à 27 % de moins sur leurs frais d’interchange, pour plus de 90 % des entreprises qui acceptent les cartes de crédit. L’interchange va à l’institution qui a émis la carte, alors le même changement a rétréci les sommes qui financent les remises en argent au Canada. C’est en partie pourquoi les meilleurs taux de remise se trouvent aujourd’hui derrière un forfait payant.

Pourquoi le fonctionnement en ligne rend la gratuité possible

Gagner de l’argent, c’est la moitié d’une entreprise. L’autre moitié, c’est ce qu’elle dépense, et une appli qui n’ouvre aucune succursale dépense beaucoup moins : pas de loyer, pas de caissiers, pas de guichets automatiques, pas de voûte, pas de camion blindé. C’est ça qui rend possible de donner quelque chose, avant même que l’un des cinq modèles ne rapporte un dollar.

Le service a déjà migré vers le téléphone

L’Enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet de Statistique Canada montre que 82 % des internautes ont fait des opérations bancaires en ligne en 2022 (s'ouvre dans un nouvel onglet), et le bond le plus marqué vient des 65 ans et plus, passés de 62 % en 2018 à 70 % en 2022. Un réseau de succursales coûte la même chose, que les gens y entrent ou non, et de plus en plus de ce qu’ils y font se passe sur un téléphone. C’est pourquoi une banque uniquement en ligne peut verser un meilleur taux sur le même dépôt, et pourquoi une appli gratuite peut exister à côté d’une banque qui facture des frais mensuels pour un service semblable.

Une appli a quand même des factures à payer

Les développeurs, la facture d’infonuagique, le soutien à la clientèle, la conformité, l’audit de sécurité et le marketing qui vous a mis l’appli sous les yeux doivent tous être payés. Dépenser moins explique pourquoi la gratuité est possible. Ça ne couvre pas toute la facture, alors l’un des cinq modèles comble la différence. C’est pour ça que la bonne question n’est pas de savoir si une appli vous facture. C’est de savoir qui d’autre paie.

Quel modèle mérite que vous lisiez les petits caractères?

Trois des cinq méritent un examen avant de connecter un compte. Chacun place une condition ailleurs que sur la page de vente. Une version gratuite assortie d’une exigence mensuelle, un moteur de recommandation payé par les entreprises recommandées et une appli sans revenus se comportent tous autrement que ce que le mot gratuit laisse entendre.

Quand la gratuité vient avec une condition

KOHO affiche son forfait Essential à 0 $ par mois, et sa propre page des comptes (s'ouvre dans un nouvel onglet) énonce ce dont ça dépend : un dépôt direct, ou 1 000 $ déposés par mois. Les forfaits supérieurs coûtent 18 $ et 22 $ par mois, ou 12 $ et 14,75 $ par mois en facturation annuelle, en août 2026.

C’est une structure freemium normale et KOHO l’énonce clairement. Ça vaut la lecture parce que gratuit, dans une appli financière canadienne, veut habituellement dire gratuit à un certain niveau, et le niveau annoncé est rarement celui à 0 $.

Quand la recommandation est le produit

Borrowell donne des cotes et des dossiers de crédit, et dit exactement pourquoi : l’entreprise lit votre profil de crédit, évalue ce pour quoi vous seriez probablement approuvé, et recommande des produits en conséquence. Quand vous souscrivez à l’un d’eux, le partenaire verse des frais de recommandation à Borrowell (s'ouvre dans un nouvel onglet). Cette divulgation, c’est la bonne version du modèle. Vous recevez un vrai service gratuit, et vous savez que la liste qu’on vous présente est une liste payée.

La version à surveiller, c’est le même modèle sans cette divulgation. Si une appli est gratuite, vous présente des produits et refuse de dire qui paie, présumez qu’il y a de l’argent derrière le classement et comparez ailleurs avant de faire une demande.

Quand il n’y a pas encore de modèle

Mint est le cas d’école. Gratuite, immense, et fermée quand même. La raison invoquée par Intuit était le regroupement dans Credit Karma, et celle qui a été largement rapportée, c’est que les revenus de recommandation derrière l’appli ne couvraient plus ce qu’elle coûtait à faire rouler. Une appli financée par des investisseurs n’est pas un drapeau rouge en soi, puisque presque toutes les nouvelles applis commencent là. La question à poser, c’est vers lequel des quatre autres modèles elle se dirige, parce que c’est celui sur lequel elle s’appuiera quand la ronde de financement sera terminée.

Une appli financière gratuite vend-elle vos données bancaires?

La vente de données de transactions identifiables est rare chez les applis canadiennes sérieuses, et tant la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels que la Loi 25 au Québec rendent la chose coûteuse à tenter. La version réaliste est plus étroite et plus courante : une appli payée par recommandation se sert de ce qu’elle sait de vos finances pour choisir quel produit vous présenter. On est loin d’une vente, et ça change quand même ce que vous voyez.

Certaines applis demandent encore votre mot de passe bancaire

Certains services demandent encore votre nom d’utilisateur et votre mot de passe de services bancaires en ligne pour se connecter à votre place. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada met en garde contre cette pratique depuis 2018 : confier ces identifiants à un tiers peut contrevenir à votre entente avec votre institution (s'ouvre dans un nouvel onglet) et vous rendre responsable des transactions non autorisées, peu importe les mesures de sécurité du service.

La solution moderne est une connexion en lecture seule par un fournisseur de données, où l’appli reçoit les soldes et les transactions sans jamais recevoir votre identifiant. Le système bancaire ouvert canadien est justement conçu pour retirer la méthode du mot de passe partagé, avec une première phase en accès de lecture seulement. Notre guide sur la sécurité de Plaid explique comment cette connexion fonctionne réellement.

Alors, comment Lodavo gagne-t-elle de l’argent?

Grâce à des entreprises, pas grâce à vous. Les prix hebdomadaires, c’est ce qui amène les gens à épargner et à revenir dans Lodavo. Une fois que vous êtes là, nous vous suggérons des produits financiers et d’épargne qui vous aident à épargner plus ou à obtenir de meilleures récompenses. S’inscrire à l’un d’eux est facultatif. Si vous le faites, ça vous donne des billets bonis, et le partenaire nous verse des frais de recommandation, sans frais supplémentaires pour vous. Ce sont ces frais qui financent les prix. Aucune de ces offres ne vous intéresse? Aucun problème, vous continuez d’accumuler vos billets exactement de la même façon.

Le reste tient à ce que nous dépensons. Nous opérons entièrement en ligne, alors nous gardons nos coûts bas et mettons cela dans des prix en argent plutôt que de vous facturer des frais. On préfère que vous lisiez tout ça ici plutôt que de le déduire plus tard.

Rien de tout ça ne change ce que vous obtenez en épargnant. Chaque tranche de 25 $ que vous gardez épargnée vous donne un billet gratuit au tirage hebdomadaire, au moins 100 $ vont à un utilisateur chaque semaine, et le gros lot atteint 10 000 $. Lodavo ne détient aucune partie de votre argent, alors il continue de rapporter là où il se trouve déjà. Les résultats passés sont sur la page des numéros gagnants.

Avant de connecter la prochaine appli

Trois questions règlent le cas de presque n’importe quelle appli financière. Qu’exige réellement la version gratuite. Qui paie quand vous acceptez une recommandation. Et d’où viendront les revenus une fois la ronde de financement terminée. Toute entreprise qui mérite une connexion bancaire peut répondre aux trois, et la plupart ont déjà publié les réponses.

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Des conditions s’appliquent. Aucun achat requis (un autre mode de participation est offert). Question d’habileté obligatoire. Ouvert aux résidents légaux du Canada ayant atteint l’âge de la majorité. Les chances de gagner dépendent du nombre de participations admissibles reçues. Règlement complet et chances de gagner sur notre page des règles du concours.

Foire aux questions

Une appli de budget payante vaut-elle mieux qu'une gratuite?

Pas automatiquement, mais vous achetez un intérêt plus simple. Une appli par abonnement comme YNAB ou Monarch Money est payée par vous, alors elle n'a rien d'autre à vous vendre ensuite. Une appli gratuite peut être excellente aussi. La différence, c'est qu'il faut savoir qui d'autre paie.

Comment vérifier le modèle d'affaires d'une appli avant de m'inscrire?

Trois endroits, et ça prend cinq minutes. La page des forfaits dit ce qu'exige la version gratuite. Les sections sur le partage et la publicité de la politique de confidentialité disent qui reçoit vos données. La fiche App Store ou Google Play liste les achats intégrés, là où un forfait payant non annoncé apparaît.

Qu'arrive-t-il à mes données si une appli financière ferme?

La loi canadienne permet de conserver vos renseignements personnels seulement le temps nécessaire, donc une appli qui ferme devrait les supprimer ou les dépersonnaliser. Ne vous fiez pas seulement à ça. Déliez l'appli auprès de votre banque ou du fournisseur de données utilisé, puis demandez la suppression par écrit avant la fermeture de votre compte.

Les outils de budget des banques fonctionnent-ils autrement?

Oui, et ça vaut la peine de savoir pourquoi. Les outils intégrés à l'appli d'une banque, comme Nomi de RBC ou MySpend de TD, sont gratuits parce que la banque gagne déjà sur vos comptes, votre hypothèque et votre carte. Aucun tiers ne paie, et il n'y a pas de connexion distincte à accorder. En échange, ils ne voient que ce qui se trouve à cette banque.

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