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Jeu en ligne en Alberta : ce que ça coûte aux Albertains

Par Benjamin Thomas Publié le 8 min de lecture
Un salon sombre au crépuscule éclairé par un téléviseur hors champ, un divan vide et un téléphone posé à l'envers sur l'accoudoir.

Le 13 juillet 2026, l’Alberta est devenue la deuxième province canadienne à laisser des entreprises privées exploiter des casinos et des sites de paris sportifs en ligne, avec 22 sites actifs dès le premier jour. L’Ontario a fait la même chose en avril 2022 et publie ses chiffres tous les mois depuis. Ça fait quatre ans de données réelles, et c’est ce qui ressemble le plus à une prévision de ce que le jeu en ligne en Alberta coûtera aux gens d’ici. Les joueurs ontariens ont perdu 1,41 milliard $ la première année. Le dernier exercice, ils en ont perdu 4,27 milliards $. L’Alberta compte environ 30 % de la population adulte de l’Ontario.

Qu’est-ce qui a ouvert en Alberta le 13 juillet?

Vingt-deux sites de jeu approuvés sont entrés en service d’un coup, dont bet365, DraftKings, FanDuel et BetMGM. La Société de jeu en ligne de l’Alberta (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) gère le marché et l’AGLC le réglemente, la même division qu’en Ontario. Les exploitants gardent 80 % des revenus nets de jeu et la province retient l’autre 20 %. À cela s’ajoutent 2 % des revenus bruts de jeu versés à des initiatives des Premières Nations et 1 % à des programmes de responsabilité sociale.

La raison invoquée par la province, c’est que l’argent partait de toute façon. L’Alberta estime que les exploitants non réglementés détenaient environ 70 % de son marché du jeu en ligne avant juillet. Autrement dit, la majeure partie de ce que les Albertains perdaient allait à des entreprises sans permis canadien, sans règles de publicité et sans obligation de proposer quoi que ce soit en matière d’auto-exclusion.

Ce que l’Alberta a fait et que l’Ontario n’avait pas fait

Deux choses, et les deux sont de vraies améliorations. Un système d’auto-exclusion centralisé (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) fonctionnait dès le jour du lancement : une seule demande vous exclut de tous les sites inscrits d’un coup, et des casinos physiques si vous le voulez. Et les exploitants paient le traitement externe intensif pour les Albertains qui en ont besoin.

Dale Nally, ministre des Services de l’Alberta et de la Réduction de la bureaucratie, défendait déjà cette approche quand le projet de loi a été déposé. « L’objectif est de rendre le pari en ligne plus sûr pour les Albertains, tout en récupérant des revenus qui sont actuellement perdus et récupérés par des sites illégaux », expliquait-il à Radio-Canada (s'ouvre dans un nouvel onglet). L’Ontario a mis des années à en arriver là.

Combien quatre ans ont-ils coûté à l’Ontario?

L’organisme qui gère le marché ontarien publie un fichier mensuel avec le total misé et le total conservé par les exploitants. Le deuxième chiffre, c’est ce que les joueurs ont perdu. Voici le relevé complet, tiré du rapport sur le rendement du marché d’iGaming Ontario (s'ouvre dans un nouvel onglet) :

Exercice ontarienTotal miséConservé par les exploitants
2022-2023 (première année)35,5 milliards $1,41 milliard $
2023-202463,3 milliards $2,44 milliards $
2024-202582,7 milliards $3,22 milliards $
2025-2026103,3 milliards $4,27 milliards $

Rien dans ce tableau n’est une projection. Ce sont quatre années consécutives d’un marché qui a triplé, dans une province dont la population adulte a augmenté d’environ 8 % pendant la même période.

Ce que ce fichier compte, et ce qu’il laisse de côté

Deux nuances à garder en tête. D’abord, les chiffres d’iGO excluent l’offre de jeu en ligne d’OLG et les paris sur les courses de chevaux, donc le vrai total ontarien dépasse le tableau. Ensuite, les rapports comptent des comptes de joueur actifs et non des personnes, et une même personne peut avoir des comptes sur plusieurs sites. Nous avons détaillé ces deux particularités dans combien les Canadiens perdent au jeu.

Qu’est-ce que ça veut dire pour l’Alberta?

Statistique Canada situe la population adulte de l’Alberta à 3,97 millions contre 13,36 millions en Ontario (s'ouvre dans un nouvel onglet), donc l’Alberta fait 29,7 % de la taille ontarienne sur la seule mesure qui compte ici. Appliquez cette proportion aux résultats réels de l’Ontario et vous obtenez deux chiffres :

  • La première année ontarienne, à l’échelle albertaine : environ 419 millions $.
  • La plus récente année ontarienne, à l’échelle albertaine : environ 1,27 milliard $.

Le budget albertain permet de vérifier le premier chiffre, et le résultat est plus élevé. La province retient 20 % des revenus nets de jeu, et son exercice 2026-2027 couvre environ huit mois et demi du nouveau marché. En remontant le calcul à partir du plan financier du budget 2026 (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet), qui prévoit 75 millions $ provenant de la Société de jeu en ligne de l’Alberta en 2026-2027 et 109 millions $ d’ici 2028-2029, ces 75 millions $ supposent environ 375 millions $ de revenus sur une fenêtre de huit mois et demi. Sur une année complète, à peu près 520 millions $.

L’Alberta prévoit donc démarrer environ un quart au-dessus du rythme qu’a connu l’Ontario en 2022, et c’est le chiffre de la province elle-même plutôt que l’argument de quelqu’un sur la politique. Ça n’a rien d’étonnant. L’Ontario est parti le premier, avec des exploitants qui sont arrivés par vagues au cours de sa première année. L’Alberta a ouvert avec 22 sites d’un coup, dans une province où la plupart des gens qui jouaient en ligne le faisaient déjà ailleurs.

L’écart entre ces deux chiffres, c’est toute l’histoire

Environ 850 millions $ par année séparent le point de départ de l’Alberta de la situation actuelle de l’Ontario, et l’Ontario a parcouru cette distance en quatre ans sans que rien de spectaculaire se produise. Pas de scandale, pas de nouvelle loi, pas de crise. Le marché a simplement continué de croître.

Les Albertains ne perdaient-ils pas déjà cet argent?

Une partie, oui, et le montant est plus élevé qu’on le suppose. Le rapport annuel de l’AGLC (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) chiffre les ventes nettes de jeu en ligne de Play Alberta à 269,9 millions $ pour l’année terminée en mars 2025, contre 192,6 millions $ deux ans plus tôt. Une hausse de 40 % en deux ans, sur un seul site géré par le gouvernement et sans guerre publicitaire derrière lui.

Mettez ce chiffre à côté de l’estimation provinciale voulant que les exploitants non réglementés détenaient environ 70 % du marché. Si Play Alberta représentait les 30 % réglementés, les Albertains perdaient déjà près de 900 millions $ par année en ligne, en majeure partie chez des entreprises que personne ne pouvait mesurer.

Ça change la question. L’Alberta ne part pas de zéro, alors la première tâche du marché réglementé est de ramener ici des dépenses qui existaient déjà plutôt que d’en créer. Ce qui déterminera si ça coûte plus cher aux Albertains, c’est de savoir si le total augmente une fois que 22 entreprises se disputent l’attention.

L’Ontario a répondu à cette question. Son total réglementé n’a pas seulement absorbé le marché gris. Il a triplé en quatre ans.

Pourquoi il y a des publicités partout en ce moment

Si vous vivez en Alberta, vous l’avez remarqué. Les règles provinciales encadrent ce que les exploitants peuvent dire : les annonces ne peuvent pas montrer de mineurs ou de personnes qui en ont l’air, ni utiliser des personnages ou des célébrités qui plaisent surtout aux jeunes, ni promouvoir des bonis ou des paris gratuits à qui n’a pas accepté le marketing direct. Ce que les règles ne plafonnent pas, c’est le volume, et Dale Nally a été clair sur la raison : selon lui, les exploitants légaux doivent se faire entendre plus fort que les sites non réglementés pour attirer les joueurs.

Sylvia Kairouz, chercheuse à l’Université Concordia, mettait déjà en garde contre cet effet avant le lancement. La loi, expliquait-elle à Radio-Canada, va faire augmenter l’offre et la rendre plus visible, plus présente. « Les études montrent que les jeux en ligne entraînent encore plus de dépendance, car ils sont accessibles partout, tout le temps. » Elle ajoutait qu’il faudrait être très vigilant sur les règles entourant la publicité, un facteur de risque important, notamment chez les jeunes, souvent plus influençables.

Ce qui revient de l’autre côté

Un pour cent des revenus bruts de jeu finance les programmes de responsabilité sociale. Sur une première année à 419 millions $, ça représente environ 4,2 millions $, et l’Alberta a lancé un appel de déclarations d’intérêt (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) pour des services en dépendance au jeu qui iraient au-delà de ce que Recovery Alberta offre déjà, soit un programme de traitement avec hébergement de 21 jours et les lignes d’aide existantes. L’échéance est le 10 septembre.

Est-ce suffisant? Les prochaines années le diront. Ce qui se mesure déjà, c’est la demande : 6 540 Albertains se sont inscrits à l’auto-exclusion pendant l’exercice 2024-2025, ce que l’AGLC décrit comme une hausse de 66 % en un an, et c’était avant qu’un seul exploitant privé n’ouvre ici.

Si cette option vous intéresse, elle se trouve à selfexclusion.ca (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet), et la ligne GameSense est au 1-833-447-7523. Si vous préférez d’abord bloquer l’accès sur vos appareils, nous avons passé les outils en revue dans les applications pour arrêter de jouer au Canada.

Il existe une version où vous gardez l’argent

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La version courte

Le marché réglementé du jeu en ligne de l’Alberta a ouvert en juillet avec 22 exploitants et de meilleures protections pour les joueurs que l’Ontario n’en avait au même stade. Il a aussi ouvert dans une province où les gens perdaient déjà près de 900 millions $ par année en ligne. Quatre ans de données publiées en Ontario disent qu’un marché comme celui-là triple, ce qui ferait passer l’Alberta d’environ 419 millions $ à environ 1,27 milliard $ par année. La prévision budgétaire albertaine le fait démarrer encore plus haut.

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Des conditions s’appliquent. Aucun achat requis (un mode de participation alternatif est offert). Question d’habileté mathématique requise. Ouvert aux résidents légaux du Canada ayant atteint l’âge de la majorité. Les chances de gagner dépendent du nombre de participations admissibles reçues. Règlement complet et chances de gagner dans nos règles du concours.

Foire aux questions

Le jeu en ligne était-il illégal en Alberta avant juillet 2026?

Non. Play Alberta, le site de la province, existe depuis octobre 2020, et les sites étrangers évoluaient dans une zone grise que personne ne surveillait. Ce qui a changé le 13 juillet, c'est que des exploitants privés peuvent maintenant être autorisés ici, y faire de la publicité et répondre aux règles albertaines.

L'auto-exclusion albertaine couvre-t-elle aussi les casinos physiques?

Oui, et vous choisissez. Une seule demande auprès de l'AGLC couvre les sites de jeu en ligne réglementés, les casinos et les centres de divertissement hippique, ou les deux ensemble. Les durées offertes sont de six mois, un an, deux ans ou trois ans. Vous seul pouvez vous inscrire, même si vos proches voudraient le faire pour vous.

Comment fixer une limite de dépôt avant de commencer?

Chaque exploitant autorisé en Alberta devait avoir ses limites financières et de temps en place dès le premier jour, alors les outils sont dans les réglages de votre compte sur tout site légal. Fixez-les au moment d'ouvrir le compte. La ligne GameSense au 1-833-447-7523 peut vous guider parmi les options.

Est-ce que les publicités vont finir par diminuer?

Probablement, selon les gens qui suivent le dossier. Le ministre Dale Nally a dit surveiller la situation et vouloir agir si le volume devient un problème. Les règles albertaines encadrent déjà le contenu des annonces, mais pas leur nombre, parce que la province veut que les exploitants légaux se fassent entendre plus fort que les sites non réglementés.

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