Combien les Canadiens perdent-ils au jeu? Les vrais chiffres
En juin 2026, le compte de jeu en ligne actif moyen en Ontario a perdu 304 $. Pas misé. Perdu : l’argent joué moins l’argent regagné, exactement comme le calcule le régulateur de la province.
C’est ce qui se rapproche le plus d’une vraie réponse à la question de savoir combien les Canadiens perdent au jeu. Cherchez pourtant la question et on vous répondra que le Canadien moyen dépense 6,75 $ par mois. Ce chiffre existe bel et bien. Il provient aussi d’un sondage téléphonique publié en mars 1998.
Combien les Canadiens perdent-ils au jeu?
Personne ne publie de chiffre national. Une province en publie un vrai : iGaming Ontario (s'ouvre dans un nouvel onglet), l’organisme qui gère le marché en ligne réglementé de l’Ontario, rapporte chaque mois ce que les joueurs ont misé, ce qu’ils ont perdu et combien de comptes étaient actifs. En juin 2026, 1 319 000 comptes actifs ont perdu 400,6 M$ à eux tous.
Les trois derniers mois publiés
iGO a diffusé ces données le 30 juillet 2026, pour le trimestre se terminant le 30 juin.
| Mois | Misé | Perdu par les joueurs | Comptes actifs | Perte moyenne par compte |
|---|---|---|---|---|
| Avril 2026 | 9,32 G$ | 405,4 M$ | 1 266 000 | 320 $ |
| Mai 2026 | 9,48 G$ | 413,1 M$ | 1 257 000 | 329 $ |
| Juin 2026 | 9,46 G$ | 400,6 M$ | 1 319 000 | 304 $ |
Sur l’exercice complet terminé le 31 mars 2026, les Ontariens ont misé 103,3 G$ en ligne et en ont perdu 4,27 G$. Mars 2026 a été le plus gros mois de l’histoire du marché, avec 9,59 G$ misés.
Ce que le régulateur compte au juste
iGO parle de revenu brut de jeu non ajusté, et sa propre définition est la partie utile : le total des mises en argent « moins les gains des joueurs provenant des mises en argent ». C’est la perte nette des joueurs, tirée des comptes des exploitants plutôt que de la mémoire de qui que ce soit. Les chiffres ne sont pas audités, et les mises promotionnelles faites avec des crédits bonis en sont exclues.
D’où sort le chiffre de 6,75 $ par mois
Il vient d’un sondage mené par téléphone auprès de 1 000 Canadiens du 9 au 12 février 1998, et publié par Ipsos le 10 mars 1998 (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet). La phrase se lit ainsi : le Canadien moyen dépense 6,75 $ dans un mois moyen en jeux et en paris. Six sur dix disaient jouer, et 3 % disaient dépenser plus de 100 $ par mois.
C’était un bon sondage. Il a aussi 28 ans, et les pages qui le reprennent ne le disent presque jamais. Une des pages de statistiques canadiennes sur le jeu les mieux classées affiche « le Canadien moyen dépense 6,75 $ par mois en jeux et en paris » à côté d’une affirmation sur des millions de joueurs en ligne actifs, et l’année 1998 n’y apparaît nulle part. Les dépenses de loterie sont le seul coin de ce dossier où les chiffres publiés sont à jour, et nous les avons décortiqués séparément dans combien les Canadiens dépensent en loterie.
Pensez à ce qui n’existait pas au moment de ces appels. Le pari sportif sur un seul événement est resté une infraction criminelle au Canada jusqu’au 27 août 2021 (s'ouvre dans un nouvel onglet), il y a cinq ans ce mois-ci. Le marché en ligne réglementé de l’Ontario a ouvert en avril 2022. L’Alberta est devenue la deuxième province à en avoir un le 13 juillet 2026 (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet), il y a trois semaines. En 1998, une personne à qui on demandait combien elle jouait par mois pensait à des billets de loterie et à une salle de bingo.
Miser et perdre ne sont pas le même chiffre
C’est ici que beaucoup de couverture médiatique dérape. Les titres annoncent que les Ontariens ont « joué 103 milliards », ce qui est vrai et donne l’impression que l’argent est parti. Les joueurs en ont récupéré la majeure partie et l’ont remise en jeu.
Sur une machine à sous qui redonne environ 96 %, un dépôt de 100 $ revient à peu près à 96 $, qui repartent au jeu, encore et encore. Vos 100 $ de départ peuvent générer quelques milliers de dollars de mises enregistrées avant d’être épuisés. Le total des mises compte chacun de ces tours. La perte, elle, compte les 100 $.
Sur l’ensemble du marché ontarien, cet écart revient à environ 4 cents conservés par dollar misé. Voici le détail de juin 2026.
| Produit | Misé | Part des mises | Perdu par les joueurs | Part des pertes | Conservé par dollar |
|---|---|---|---|---|---|
| Casino en ligne | 8,30 G$ | 88 % | 316,8 M$ | 79 % | 3,8 cents |
| Paris sportifs et autres | 1,03 G$ | 11 % | 78,6 M$ | 20 % | 7,6 cents |
| Poker entre joueurs | 126 M$ | 1 % | 5,2 M$ | 1 % | 4,1 cents |
Ce ne sont pas surtout les paris sportifs
Depuis 2021, la conversation publique porte sur le pari sportif, les publicités pendant le match, les cotes lues en ondes. L’essentiel de l’argent est ailleurs. Les jeux de casino en ligne représentent 88 cents de chaque dollar misé en Ontario et 79 % de tout ce que les joueurs perdent. Le pari sportif, c’est 11 % des mises.
Le pari sportif conserve environ le double par dollar misé, soit 7,6 cents contre 3,8. Mais les jeux de casino se jouent tellement plus vite qu’ils produisent beaucoup plus de pertes au total. Un pari combiné, c’est une mise un dimanche. Une machine à sous, c’est quelques centaines de tours dans une soirée.
Pourquoi personne ne peut vous donner de chiffre national
Quatre raisons, et elles s’additionnent.
Deux provinces seulement ont un marché ouvert. Les chiffres de l’Ontario couvrent les exploitants privés en entente avec iGO. Ils excluent volontairement les jeux en ligne d’OLG et les courses de chevaux, donc même le vrai total ontarien dépasse le total publié. Le marché albertain a trois semaines, et la province estime que les exploitants non réglementés en détiennent encore environ 70 %. Partout ailleurs, une société d’État rapporte le jeu sur une seule ligne d’un rapport annuel.
La meilleure estimation nationale a sept ans. Rhys Stevens, de l’Université de Lethbridge, a compilé les revenus du jeu au Canada depuis 1970 pour une étude nationale, et les chiffre à 14,51 G$ en 2019, soit environ 500 $ par adulte canadien (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet). Il s’agit d’un billet de blogue de recherche plutôt que d’un article évalué par les pairs, et cela précède complètement la légalisation du pari sportif. C’est quand même le chiffre le plus soigné dont on dispose. Cela revient à environ 42 $ par mois par adulte, plus de six fois le chiffre du sondage de 1998.
Les meilleures données de participation datent de 2018. L’enquête de Statistique Canada a révélé que 64,5 % des Canadiens de 15 ans et plus avaient joué dans la dernière année (s'ouvre dans un nouvel onglet), et que 1,6 % d’entre eux, soit environ 304 400 personnes, présentaient un risque modéré à élevé de problème de jeu. Cette étude a aussi relevé un point à garder en tête : les personnes des ménages à plus faible revenu étaient les moins susceptibles de jouer, et les plus susceptibles d’en subir des conséquences.
Et poser la question ne fonctionne pas. Robert Wood et Robert Williams ont posé la même question à 2 424 joueurs ontariens de douze façons différentes (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) et ont obtenu des réponses très différentes selon la formulation, puis les ont comparées aux revenus réels du jeu. Les enquêtes sur les dépenses des ménages arrivent bien en deçà du chiffre réel. Certaines enquêtes de comportement arrivent au-dessus, parce que « dépenser » se comprend comme le total misé et non comme la perte nette. Dans la version américaine de l’exercice, les joueurs ont déclaré avoir fini l’année avec 3 G$ d’avance dans les casinos, une année où les casinos leur avaient pris plus de 20 G$.
Le fichier mensuel du régulateur est un relevé comptable. Presque tout le reste relève du souvenir. Si vous voulez la recherche sur les raisons pour lesquelles les gens continuent de jouer tout en connaissant les probabilités, c’est une autre question, bien mieux documentée, et nous l’avons traitée dans pourquoi les gens jouent à la loterie.
Un tirage sans mise à perdre
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C’est la même sensation que d’avoir quelque chose en jeu la fin de semaine. Vous choisissez des numéros, vous les vérifiez le dimanche avec les numéros gagnants, vous pouvez gagner de l’argent bien réel. Ce qui manque, c’est le moment où le chiffre au-dessus de votre solde descend. Rien n’est misé, donc il n’y a pas 4 cents par dollar qui partent quelque part, et la pire semaine possible est celle où vous avez épargné sans gagner.
C’est cette structure qui fait que ce n’est pas un pari, et la distinction est juridique avant d’être publicitaire. Nous détaillons les mécanismes dans l’épargne liée à des prix est-elle du jeu, et l’idée d’ensemble dans notre guide sur l’épargne liée à des prix au Canada.
En bref
Le compte de jeu en ligne actif moyen en Ontario a perdu 304 $ en juin 2026, et 4,27 G$ ont pris le même chemin dans l’ensemble du marché au dernier exercice. Le chiffre de 6,75 $ qui circule dans les résultats de recherche est un sondage téléphonique de 1998, et s’il survit, c’est que presque rien ne l’a remplacé.
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