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Pourquoi les gens jouent-ils à la loterie? La psychologie de l'espoir

Par Benjamin Thomas Publié le 9 min de lecture
Une fiche de loterie avec des cases remplies au crayon regroupées dans un coin, un crayon bleu à côté.

Demandez à quelqu’un qui joue au Lotto Max chaque semaine quelles sont ses chances, et la plupart vous diront la vérité : pratiquement nulles. Ils achètent le billet quand même. C’est la partie que l’explication habituelle rate. Alors pourquoi les gens jouent-ils à la loterie s’ils connaissent déjà le calcul? Pas parce qu’ils comptent mal. Des décennies de recherche en science du comportement pointent vers quelque chose de plus précis : notre esprit traite une très petite probabilité comme si elle était plus grande, et quatre autres effets ramènent les gens semaine après semaine. Une explication populaire qu’on lit partout ne repose d’ailleurs presque sur rien.

Pourquoi les gens jouent-ils à la loterie?

Les gens jouent à la loterie parce qu’une chance minuscule de gagner un prix qui change une vie paraît bien plus grande qu’elle ne l’est, et parce qu’un billet à 6 $ vient avec quelques jours à s’imaginer une autre vie. Connaître les chances n’éteint ni l’un ni l’autre. Cinq effets psychologiques mesurables font l’essentiel du travail.

EffetCe que ça fait au joueur
Pondération des probabilitésFait paraître une chance sur des millions nettement plus grande que zéro
Illusion de contrôleChoisir ses numéros donne l’impression qu’un tirage au hasard nous appartient un peu
Sélection conscienteLes dates de naissance et les motifs saturent les petits numéros, alors les choix populaires partagent les prix
Le quasi-gainFrôler le gain active les mêmes circuits cérébraux qu’un vrai gain
Le regret anticipéSauter une semaine risque le pire scénario, voir ses numéros sortir

Rien de tout ça n’est un défaut de caractère. Ce sont des traits ordinaires de la façon dont les gens décident dans l’incertitude, et la conception des loteries s’appuie sur chacun d’eux.

Les joueurs comprennent-ils mal les probabilités?

En général, non. Certains joueurs évaluent mal les probabilités, et c’est un biais documenté en soi, mais ce n’est pas ce qui porte le comportement. L’explication la mieux appuyée est la pondération des probabilités : les gens savent qu’une petite probabilité est petite, puis agissent comme si elle était plus grande. La théorie des perspectives, le modèle du risque qui a valu à Daniel Kahneman le prix Nobel d’économie, l’intègre dès le départ. Elle traite ce comportement comme une partie normale de la décision humaine, pas comme une erreur de calcul.

L’ampleur de l’écart passe facilement inaperçue. Dans une expérience, les participants ont dit qu’une chance sur 20 de gagner 100 $ valait environ 10 $ à leurs yeux. Sa valeur réelle est de 5 $. Les mêmes personnes ont évalué une probabilité de 90 % de gagner 100 $ à environ 63 $, bien en deçà des 90 $ qu’elle vaut. Nicholas Barberis passe en revue les deux résultats dans sa synthèse sur la théorie des perspectives (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) pour le Journal of Economic Perspectives. Les petites probabilités sont gonflées. Les quasi-certitudes sont escomptées.

Barberis souligne aussi la preuve la plus élégante : la même personne achète souvent des billets de loterie et de l’assurance. L’un est un pari sur un gain improbable, l’autre une protection contre une perte improbable, et l’économie classique peine à expliquer qu’on veuille les deux. Surpondérer les résultats rares explique la paire d’un coup.

Deux nuances honnêtes. L’effet est bien documenté quand les probabilités sont imprimées devant vous, ce qui est exactement la situation de la loterie. Quand les gens apprennent une probabilité par l’expérience répétée plutôt que par un chiffre annoncé, ils ont plutôt tendance à sous-pondérer les événements rares. Et la pondération des probabilités n’est pas la seule explication en lice : la simple valeur de divertissement lui fait concurrence, et les chercheurs débattent encore de la cause profonde.

Pourquoi tient-on tant à choisir ses propres numéros?

Parce que choisir donne à un jeu de pur hasard un petit air de jeu d’adresse. Ellen Langer a baptisé ça l’illusion de contrôle en 1975, après une étude qu’on cite encore 50 ans plus tard. Des employés de bureau se sont fait vendre des billets de loterie à 1 $. Certains ont choisi le leur, d’autres en ont reçu un au hasard. Quand on leur a demandé plus tard à quel prix ils le revendraient, ceux qui avaient choisi voulaient 8,67 $ en moyenne. Ceux à qui on avait remis un billet en demandaient 1,96 $.

Des chances identiques. Plus de quatre fois le prix, uniquement parce qu’ils l’avaient choisi eux-mêmes.

La lecture moderne est plus prudente. Dans une synthèse parue en 2022 dans Addiction, Luke Clark de l’UBC et Michael Wohl de Carleton (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) soutiennent que le fait de choisir ne crée pas la croyance, il amplifie celle que le joueur avait déjà. Celui qui choisit les dates de naissance de sa famille, ou qui évite le 1-2-3-4-5-6 parce qu’une suite « ne peut pas » sortir, est arrivé au comptoir avec cette croyance.

Et ça mène quelque part de vraiment utile. Les joueurs ne choisissent pas leurs numéros au hasard, une habitude que les économistes appellent la sélection consciente depuis que Cook et Clotfelter l’ont décrite en 1993. Les dates de naissance saturent tout ce qui va de 1 à 31, et les dates, les motifs et les formes tracées sur la fiche saturent le reste. Comme un gros lot est partagé entre tous ceux qui l’ont obtenu, une combinaison populaire rapporte moins quand elle finit par sortir. Choisir ses numéros ne change pas vos chances de gagner. Ça change ce que vous rapporteriez à la maison si ça arrivait.

Pourquoi frôler le gain fait-il si plaisir?

Deux symboles pareils et un troisième qui tombe une rangée à côté, c’est une perte. Votre cerveau ne la traite pas tout à fait comme telle. Dans une étude parue en 2009 dans Neuron, Luke Clark et ses collègues (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) ont scanné des joueurs pendant une tâche de jeu et ont observé que les quasi-gains activaient les mêmes circuits de récompense que les vrais gains, sans que rien ne soit gagné. Les participants ont jugé ces quasi-gains moins agréables que des pertes franches, et ils en ressortaient quand même avec l’envie de jouer davantage. L’effet était le plus fort quand le joueur avait choisi lui-même sa mise.

Les billets à gratter sont bâtis là-dessus, tout comme le moment où vous faites quatre numéros sur sept et vérifiez le billet deux fois. Le Conseil du jeu responsable (s'ouvre dans un nouvel onglet) du Canada classe la version courante de cette idée, « j’ai presque gagné, je dois être dû », parmi les mythes sur le jeu les plus répandus. C’est un mythe parce qu’un tirage n’a aucun souvenir de la semaine dernière.

Pourquoi est-il si difficile de sauter une semaine?

Parce qu’une fois qu’on a « ses » numéros, s’abstenir devient une décision qu’on pourrait regretter. Les chercheurs parlent de regret anticipé, et il existe une étude sur la loterie bâtie exactement là-dessus. En 2002, Sandy Wolfson et Pam Briggs ont sondé 485 personnes en Angleterre la semaine précédant le lancement d’un nouveau tirage de milieu de semaine à la loterie nationale. Les joueurs les plus susceptibles d’embarquer dans ce nouveau tirage étaient ceux qui jouaient déjà la même série de numéros tous les samedis, et ce qui les poussait, c’était la pensée insupportable de voir ces numéros sortir une semaine où ils s’étaient abstenus. Le titre de l’article le dit clairement : Locked Into Gambling (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet), « enfermé dans le jeu ».

C’est pour ça que le groupe de collègues au bureau est gênant à quitter, et qu’une personne va garder les mêmes six numéros pendant 20 ans. Une sélection au hasard ne coûte rien à sauter. Vos numéros, oui.

Et l’idée que la couverture médiatique nous fait surestimer nos chances?

On lit ça partout. Les gagnants du gros lot font les manchettes, les perdants sont invisibles, alors l’heuristique de disponibilité rendrait le gain plus courant qu’il ne l’est. L’histoire est jolie, elle apparaît dans presque tous les articles sur la psychologie de la loterie, et elle est à peu près absente de la littérature scientifique sur les motifs du jeu. La synthèse de Rogers de 1998 sur la cognition et la loterie, encore la référence, ne compte pas la disponibilité parmi les biais, et les grandes recensions récentes non plus. À prendre comme une hypothèse plausible que personne n’a démontrée.

Là où la couverture médiatique rejoint clairement les joueurs, c’est dans les numéros qu’ils choisissent, et la meilleure étude là-dessus démontre la chose mieux que le mythe. La disponibilité à elle seule prédit qu’après mars 2020, quand personne n’échappait à l’expression « COVID-19 », le numéro 19 aurait dû être choisi plus souvent. Patrick Roger et ses coauteurs l’ont vérifié dans les données de la Loterie Nationale belge (en anglais) (s'ouvre dans un nouvel onglet) et ont trouvé l’inverse : le 19 a été joué nettement moins. Dans un sondage auprès de 500 Belges, amener les gens à penser à la COVID faisait encore baisser leur préférence pour le 19, surtout chez ceux qui se disaient superstitieux. La couverture les a bel et bien rejoints. Elle portait simplement une association négative, alors ils se sont éloignés du numéro au lieu de s’en approcher.

Un piège si vous poussez la lecture : en recherche sur le jeu, « disponibilité » désigne le plus souvent la facilité d’accès physique à un établissement, pas l’heuristique de Tversky et Kahneman. Un article qui emploie le mot peut parler de tout autre chose.

Alors, jouer à la loterie, est-ce irrationnel?

Comme divertissement, non. Six dollars pour quelques jours de rêverie, c’est un achat comme un billet de cinéma, et c’est ainsi que la majorité des quelque 50 % d’adultes canadiens qui achètent un billet chaque année le voient. Personne n’a besoin d’un sermon là-dessus.

Le problème commence quand un billet cesse d’être un divertissement et devient un plan. Les Canadiens dépensent près de 10 milliards de dollars par année en billets de loterie, et la dépense n’est pas répartie également : les ménages à plus faible revenu y consacrent une part plus grande de ce qu’ils gagnent que les ménages aisés, un constat qui tient depuis des décennies de recherche dans plusieurs pays. Quand le tirage devient le régime de retraite, les cinq effets ci-dessus cessent d’être des petites bizarreries inoffensives. Si jouer a cessé de ressembler à un choix, de l’aide gratuite existe partout au Canada, et nous avons rassemblé les applications et outils d’auto-exclusion que les Canadiens utilisent.

La place de Lodavo là-dedans

L’attrait d’un tirage ne dépend pas vraiment du fait de perdre de l’argent, et la recherche l’appuie. Dans la synthèse même qui explique la pondération des probabilités, Barberis note que les comptes d’épargne qui inscrivent les déposants à un tirage « se sont révélés populaires, particulièrement auprès des personnes à faible revenu ». Gardez le tirage, retirez le coût, et les gens épargnent.

C’est ce que fait Lodavo. Vous épargnez dans le compte bancaire canadien que vous avez déjà, et plus vous épargnez, plus vous obtenez de billets gratuits pour un tirage hebdomadaire, avec une chance de gagner jusqu’à 10 000 $ et un prix garanti d’au moins 100 $ remis à un utilisateur chaque semaine. Vous choisissez toujours vos sept numéros. Un numéro est toujours dévoilé chaque soir. Ce qui change, c’est la fin : votre épargne ne quitte jamais votre propre banque, alors quand le tirage est terminé, vous avez chaque dollar du départ, plus ce que vous avez mis de côté cette semaine.

Si ça soulève la question évidente, nous y répondons comme il faut dans notre article sur l’épargne liée à des prix, est-ce du jeu. Pour la vue d’ensemble, y compris la façon dont le modèle a fonctionné au Royaume-Uni et aux États-Unis, commencez par notre guide de l’épargne liée à des prix au Canada.

Personne ne joue à la loterie parce qu’il a coulé son cours de maths. Les gens jouent parce qu’une petite chance paraît grande, parce que des numéros choisis semblent leur appartenir, parce que frôler le gain ressemble à presque gagner, et parce que sauter une semaine donne l’impression de défier le sort. Chacune de ces réactions est raisonnable pour un esprit humain. Elles coûtent simplement de l’argent chaque semaine.

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Des conditions s’appliquent. Aucun achat requis (un mode de participation gratuit est offert). Une question d’habileté est exigée. Réservé aux résidents légaux du Canada ayant atteint l’âge de la majorité. Les chances de gagner dépendent du nombre de participations admissibles reçues. Règlement complet et chances dans les règles du concours.

Foire aux questions

La sélection aléatoire vaut-elle mieux que choisir ses propres numéros?

Vos chances de gagner sont exactement les mêmes. Ce qui change, c'est le montant. Comme beaucoup de joueurs se concentrent sur les dates de naissance et les motifs réguliers, une sélection générée au hasard risque moins d'être partagée avec des milliers d'autres gagnants du même palier.

Acheter plus de billets améliore-t-il vraiment les chances?

Pas de façon perceptible. Dix billets sur un gros lot à 1 sur 33 millions vous amènent à environ 1 sur 3,3 millions, ce qui reste bien trop improbable pour bâtir un plan là-dessus. Doubler un nombre aussi petit le laisse petit. C'est la dépense qui double pour de vrai.

Les gagnants de loterie finissent-ils plus heureux?

La célèbre étude de 1978 auprès de 22 gagnants de l'Illinois disait que non, et on la cite depuis en exagérant sa portée. De meilleures données existent maintenant. Des chercheurs suédois ont suivi des gagnants de gros lots jusqu'à 22 ans plus tard et ont observé des gains durables de satisfaction de vie, avec des effets bien plus faibles sur l'humeur quotidienne et la santé mentale.

Peut-on développer une dépendance aux billets de loterie?

Oui. Les billets de loterie sont la forme de jeu la plus répandue au Canada, et jouer souvent ou tenter de se refaire comporte un risque réel. Si jouer a cessé de ressembler à un choix, de l'aide gratuite et confidentielle existe partout au Québec et au Canada, notamment par les lignes d'aide provinciales.

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